C’est qui le patron ? Une marque pas comme les autres

Nous avons travaillé cette semaine sur la vision de l’entreprise à 10 ans et devions arriver en réunion avec une initiative, un concept, une idée qui nous a interpellé ces derniers mois. J’ai bien entendu hésité car celles ci ne manquent pas notamment dans l’univers retail que j’affectionne. J’ai évidemment pensé au concept sans caisses d’Amazon Go, mais qui est plutôt une innovation technologique que j’oserai dire incontournable. Sur le plan de la politique commerciale, j’ai retenu les idées de “design démocratique” d’Ikea et la politique prix bas de Decathlon qui pour moi est un modèle du genre. Dans les deux cas, il s’agit de la consécration ultime d’un travail très fort sur la marque qui rend ces destinations incontournables pour les gens à la recherche, soit de mobilier soit d’articles de sport, et ce quelque soit la puissance de leurs promotions. J’y reviendrai quand j’aurai un peu le temps, ce sujet me passionne.  

Enfin, il me restait deux idées développées récemment et elles sont du domaine sociétal. La première est le choix de l’entreprise Systeme U de retirer de ses produits MDD les substances controversées, au point même que ceux ci se retrouvent parfois plus cher que les produits de marques. Un sacré pari et un sacré engagement qui bouleverse le principe même de la marque de distributeur, mais quel choix de marque ! Bravo !

La seconde idée, celle retenue (on y arrive) est donc l’apparition récemment dans certains linéaires d’une marque baptisée “C’est qui le patron”. 1er produit concerné : une brique de lait  avec une information écrit en tout gros sur le packaging: “ce lait rémunère au juste prix son producteur” . « La marque du consommateur » avec son slogan “C’est qui le patron” (d’ailleurs ça fait un peux trop d’infos et de slogan la dedans, mais ce n’est pas le sujet) vient de naître avec pour objectif de redonner le pouvoir aux consommateurs en leur proposant d’élaborer le cahier des charges d’un produit.

brique-de-lait

Dans une France touchée par la crise agricole et dans un paysage économique rythmé par les drames des éleveurs et des agriculteurs, cette initiative a de quoi séduire. Oui, il y a des gens qui sont prêt à payer plus pour cela. Et oui l’accès à la grande distribution peut être une excellente vitrine.

Alors, comment ça marche ? L’été dernier, une grande consultation démarre sur Internet avec pour objectif de faire construire le lait idéal par les consommateurs. A chaque question, le tarif du litre augmente ou pas. Attention toutefois,  l’absence d’OGM, la mise au pâturage des bêtes ou l’origine France sont des points incontournables du cahier des charges. Pour le reste, le consommateur vote et la moulinette prix s’agite ! Elle partira de 0,69 € minimum pour arriver finalement à 0,99 suite aux votes des internautes, quand on est plutôt autour de 70 centimes aujourd’hui en moyenne. 30 centimes qui ne sont pas beaucoup pour un certain nombre de consommateurs prêt à le faire mais qui compte énormément pour la survie des producteurs. Vous pouvez retrouver le questionnaire ici https://questionnaire.lamarqueduconsommateur.com/

Sur ce critère, le choix ayant reçu le plus de suffrages était le plus qualitatif, permettant non seulement d’assurer une rémunération qui permette au producteur de se payer convenablement, mais aussi de se faire remplacer et de profiter de temps libre », affirme Nicolas Chabanne, le patron de “c’est qui le patron”.

Résultat des courses :  un beau succès auprès des consommateurs car le lait s’est très vite retrouvé en rupture de stock notamment dans les magasins Carrefour qui a été une des premières enseignes à le référencer. Des discussions sont en cours avec d’autres enseignes pour développer la présence de la marque, et les ventes !

Autre bonne nouvelle: d’autres produits sont en cours de conception en ce moment même et arriveront dans les linéaires ces prochains mois, dont du jus de pomme ou encore du beurre. N’hésitez pas à participer !

J’ai souvent été sceptique sur la notion de prise du pouvoir du consommateur, considérant sans doute que le mot pouvoir était sans doute exagéré. Force est toutefois de constater que des initiatives montrent à quel point le client peut participer à l’élaboration du produit, surtout quand il s’agit de responsabilité et d’éthique.

Je considère qu’il est inadmissible que l’état français ne soit pas en mesure de garantir un revenu décent aux agriculteurs, qui sont le coeur de la France, et je suis très heureux que des initiatives privées comme celles-ci , même si elles sont encore marginales, redonnent de l’espoir.

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