Compol : retour sur les pains au Chocolat de Copé

Moment de franche rigolade il y a quelques jours  dans toute la planète média : Jean-François Copé ? en direct sur Europe 1, estime à 10 centimes d’euros le prix d’un pain au chocolat ! La bourde monumentale  devient l’actualité principale du jour. Et oui, nous ne saurons jamais  si toutes les stars des médias qui se gaussent connaissent le coût des choses, mais ils ont un avantage de poids face aux politiques : ce sont eux qui posent les questions ! Avec un peu de recul, je souhaitais revenir sur cette ridicule affaire.

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Sur le site ArretsurImages .net, le chroniqueur Sherlock Holmes appelle ça « la question à la con : une vieille tradition de l’interview-politique. Elle est censée vérifier si le politique n’est pas totalement déconnecté de la vraie vie. Avant Sotto-choco, Jean-Jacques Bourdin (RMC) et l’irremplaçable Ariane Massenet (Canal+) étaient les spécialistes de la question-con. Le prix du pain au chocolat ? La durée de cuisson d’un oeuf à la coque ? La saison des poires ? Le prix d’un timbre ? Et les caddies au fait, quelle pièce met-on dans les caddies ? » . Souvenez-vous, Nathalie Kosciuzko-Morizet s’était faite piéger elle aussi  il y a quelques temps sur le prix d’un ticket de métro, et ce à deux reprises.

Je vais vous dire franchement mon avis sur le sujet, comme cela ce sera tranché.

1/ Tant pis pour Copé. Il n’avait qu’à ne pas faire le malin il y a quelques années sur le bon pain au chocolat des écoliers bien français.

2/ Encore tant pis pour Copé, car quand même, nous étions en toute fin d’émission, l’interview était terminée, il lui était facile de balayer par un revers de manche (humour  ou même par une certaine forme de condescendance) cette question «  à la con ». On apprend ça dans tous les coachings médias de la terre. Cela aurait pu se faire par  « Et vous,  vous le connaissez ? Nous ne sommes pas à Questions pour un champion que je sache » ou  encore  « Cette question est très drôle, je m’étonnais que l’on n’ai pas encore parlé de pains au chocolats, mais sérieusement, vu les problèmes que nous vivons actuellement, si on a encore un peu de temps pour parler de mon programme, je pense que ce serait plus sérieux » ou même  « M.Sotto, les français connaissent le prix d’un pain au chocolat, mais aujourd’hui ce n’est pas ça le problème et bla bla bla bla et bla bla bla » et Sotto , trop pressé de lancer la pub en cette fin d’émission n’aurait pas eu le temps d’insister. Bref, cela s’appelle la méthode de l’évitement et un politique de ce calibre ne doit pas se faire piéger là-dessus. Plus malin que tout , il aurait même pu faire un coup de génie : « c’est une question amusante. Et néanmoins très intéressante car cela me fait penser à une initiative remarquable dont je voudrais dire quelques mots  si on a encore quelques minutes.Et vraiment ça c’est important pour les français.  Il s’agit d’une marque qui s’appelle « C’est qui le patron ? » qui a décidé de demander aux consommateurs le prix juste qu’ils considèrent devoir payer, et ce notamment afin que les producteurs soient correctement rémunérés…. Et bla bla ». 3 minutes montres en mains sur ce sujet et la question est oubliée ! 😉

Bref, Copé n’avait pas préparé le truc et il s’est embourbé . S’en est donc suivi un florilège d’avis bien pensants sur la déconnection des politiques, qui doivent être les super héros de la terre, incollables sur le réchauffement climatique, les lois de programmation, les joueurs de foot et le prix de la botte de  poireau. Sérieusement, c’est risible et pathétique. J’entends les arguments sur le fait que les politiques doivent connaître la vie des gens et la réalité de ce que vivent les français. Je pense moi aussi que on est quand même loin de pouvoir parler aux gens quand on ne sait même pas ce qu’on peut avoir pour 10 centimes, c’est-à-dire quasiment rien .

Mais pour autant, cette affaire avait-elle le vraiment de quoi faire le tour du monde ? Je ne veux pas défendre Copé. Je ne l’aime pas. Mais voilà où en est réduit la politique aujourd’hui. Au folklore. Au cirque permanent. A la petite phrase.  Alors, je l’avoue, j’en ai même eu de la peine pour lui, car au fond, il ne faisait pas une mauvaise séquence, mais évidemment rien n’a été retenu  à part cette bêtise sans nom. Alors oui, il a fait une connerie, mais est-il à blâmer à ce point car il ne va pas acheter lui-même des pains au chocolat à la boulangerie ?  Ou alors parce qu’il les achète par lots  chez Auchan comme le faisait remarquer l’excellent Fréderic Minard ?

 

Cette séquence démontre bien a quel point la politique est devenue communication. Qu’il faut des phrases, des comportements, des allures avant des projets. C’est sans doute un des drames de notre société contemporaine et je pèse mes mots.

Allez direction le débat des Primaires. Curieux de savoir si Lemaire a mis une cravate ou pas. J’en entendais parler ce matin sur Europe 1.

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