Richie , sa vie est un roman 

Récemment, je me demandais « mais au fait, est-ce qu’on sait finalement comment est mort Richard Descoings ? » . Souvenez-vous, sur le coup, l’affaire avait grand bruit. je crois même avoir reçu une alerte sur mon smartphone.  La nouvelle avait de quoi étonner, le directeur de Sciences Po, retrouvé mort dans une chambre d’hôtel à New York quelques heures après avoir fait appel aux services d’une boîte de prostitués. On aurait pu en prendre pour quelques jours de 20 heures. Puis, très vite, plus rien. Plus rien du tout , jusqu’aux funérailles qui a rassemblé le banc et l’arrière banc de ceux qui « comptent » dans la France contemporaine, et notamment politique.  Puis de nouveau, plus rien ou pas grand chose. D’affaire il n’y a point eu, comme il n’y a eu ni drogue ni barbituriques cette nuit là. Comme étouffée, envoyée aux oubliettes, la mort de Richard Descoings était dû à un problème cardiaque.

Peu importe si 2 jours avant son depart pour les Etats Unis , Richie, le surnom que lui donnaient les étudiants de l’école, avait posté sur son compte Facebook  Dies Irae du Requiem de Mozart.

 

  

Le livre de Raphalle Bacqué se lit avec frénésie. On connaît la fin de l’histoire, mais on est pris aux tripes par ce parcours extraordinaire. « Richie » est un véritable plongeon dans les arcanes du pouvoir, les cercles d’influence, les réseaux. Un plongeon sans concessions mais surtout sans artifices, ni décorum : pas d’effet de manche inutile dans le style, l’auteure fait simple, efficace, ne cède à aucuns écueils : pas de pathos, pas de haine, juste une histoire.  A l’image de @fredztwitt dans sa critique , j’aurai en effet apprécier cerner plus encore l’intérieur du personnage Descoings. Mais Raphaelle Bacqué n’a pas écit un roman comme Jauffret l’a fait par exemple avec la ballade de Rikers Island ou encore Claustria. Elle n’invente rien, ne se pose ni en juge ni en psy, ne se met dans la tête de personne. C’est peut-être aussi bien ainsi. Un jour, un romancier se penchera peut-être sur l’homme Descoings. On se contentera donc ici de découvrir ce qui se savait de vie absolument démente : enarque la nuit , fêtard invétéré la nuit et capable des pires excès et des pires folies : sexes, alcool, drogues. Toute la panoplie est là. 
Et la vie professionnelle est une folie aussi ! Comment un homme , anonyme à l’ENA , devient le patron mythique d’une école prestigieuse qu’il révolutionne comme peu de chefs d’entreprises ont révolutionné leurs  boîtes. 
Attention, je ne dis pas que la méthode est la bonne : nominations des copains, privilèges en tous genres, on fait fi des appels d’offres, embauche de son épouse, purges, coups de colère, mépris des collaborateurs, drague ouverte de ses étudiants, augmentation de son propre salaire de 70% en 5 ans… Le style Descoings a de quoi révulser. A la Saint Guillaume par exemple, il remercie nommément ses collaborateurs qui lui sont agréables !! 
De l’autre coté du rideau, on découvre aussi un personnage charmant, charmeur, étonnant, inventif. On admire son énergie pour faire de son école une des plus prestigieuses au monde, l’égale des grandes universités. On se félicite aussi de sa hargne pour faire réussir son programme afin de rendre accessible Sciences Po aux jeunes issus de milieux défavorisés, n’hésitant pas à casser les codes et à être en rupture totale. 
J’espère que la méthode  Descoings n’est pas la seule solution pour réformer les « institutions », mais c’est là la vraie question du livre et c’est celle que pose aussi la réussite de Rochard Descoings. La  « normalité » est-elle  facteur de succès ?  Les institutions peuvent-elles se transformer sans zeste de folie ? On apprend que Descoings a refusé tout cuit un poste de ministre de Sarkozy : savait-il que sa méthode exploserait en plein vol au coeur de l’état, encore plus près des médias , à un poste où c’est au peuple qu’il doit rendre des comptes ? 
Jusqu’au bout donc, Richard Descoings sera resté  l’atypique Directeur de Sciences Po. 
Et sa vie, pourtant, est un roman. 
« Mon premier mouvement a été de partir. Mais je ne pars pas par amour-propre : je n’aime ni échouer ni surtout décevoir. » RD 
Publicités