L’amour et les forêts – Eric Reinhardt

Je m’étais enthousiasmé devant la rentrée littéraire et couru aux Lisières (la librairie des roubaisiens avertis) pour réserver les nouveaux romans de mes auteurs adorés, et en particulier  Carrère, Foenkinos, Beigbeder, Reinhardt. Je ne parlerai pas (ou peu) du premier car la déception est profonde. Oui, Le Royaume est sans doute une très grande œuvre, et la critique semble unanime, mais personnellement, je ne suis jamais entré dans cette histoire et me suis profondément ennuyé. Tant pis, Carrère reste l’auteur qui m’a le plus bouleversé dans ma vie et j’attends donc d’ores et déjà le prochain opus avec impatience.
Je m’arrête donc un instant sur le roman d’Eric Reinhardt, L’amour et les forêts, où là aussi, la critique est assez unanime. J’avais découvert cet auteur contemporain très à la mode lors de son précédent roman, cette tragédie moderne qu’est le système Victoria, véritable plongée dans une histoire d’amour à l’heure de la mondialisation.
Ici, les héros ne bougent guère en dehors de leurs régions: de Paris à Strasbourg, le long de l’autoroute A4 se dessine la destinée d’un couple d’apparence normale. Bénedicte, prof de lettres est l’épouse d’un cadre commercial sans saveur. Ils ont deux enfants et sans doute une maison avec jardin, tout devait bien se passer. Sauf qu’au fil du bouquin, on découvre que ces deux êtres là  n’étaient peut-être pas fait pour vivre ensemble. La vie à deux , on le sait, n’est pas une mince affaire.  Au détour d’une soirée qui se termine en dispute conjugale, Bénedicte se retrouve sur Meetic et un des échanges va se conclure quelques jours plus tard par un adultère. Une journée en dehors du temps, une passion formidable qui va se révéler destructrice car  la révélation de cet adultère à son mari va transformer sa vie en un véritable cauchemar.
Voilà pour l’histoire, elle se lit avec passion dans un style moins soutenu qu’à l’accoutumée. Je me suis même étonné parfois de certaines facilités qu’il ne me semblait pas avoir repéré dans le Système Victoria.  Reinhard oscille entre des scènes surréalistes , voire même un peu « fleur bleue » – sont-elles issues de l’imagination de Bénedicte Ombredanne (tel est son patronyme) ? – et d’autres au contraire  particulièrement réalistes, notamment celles où le mari s’acharne sur son épouse pour connaître la vérité.
Contrairement à ce que j’avais pu lire, l’Amour et les forets n’est pas une roman sur les femmes battues ou harcelées; je dirais que c’est un roman sur les femmes soumises; un hommage à toutes celles qui n’osent pas franchir le pas. Celles qui subissent un trop lourd quotidien. Il s’agit d’un magnifique portait de femme; une femme qui rêve d’idéal mais qui y renonce, par peur, par convention. C’est aussi une leçon pour tous ceux qui renoncent à l’amour et ceux qui sont dans l’impossibilité de prendre leur destin en main. Toutes les Bénédicte Ombredanne, et elles sont nombreuses à souffrir de ne pas vivre leur vie, a qui Eric Reinhardt rend un bel hommage.
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