J’en ai enfin fini avec Eddy Bellegueule

Bon, je ne vais pas tourner autour du pot : je n’ai pas vraiment aimé « En finir avec Eddy Bellegueule », le roman autobiographique d’Edouard Louis, qui a tellement voulu en finir avec lui qu’il a aujourd’hui changé son nom. D’ailleurs, le titre du roman résume moyennement ce qu’a cherché l’auteur: il n’a pas voulu en finir avec Eddy Bellegueule, il a voulu le fusiller,  le dézinguer, l’atomiser !
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Bien sûr, j’ai un profond respect pour ce jeune auteur  capable d’écrire un bestseller à 21 ans avec un style littéraire déjà affirmé, mais je suis arrivé ici aux limites de l’autofiction, un style qui m’est pourtant cher, mais qui dans ce cas précis m’a particulièrement gêné.
En fait, je ne crois pas vraiment à cette histoire. Ou je ne veux pas y croire. Je ne crois pas à ce village peuplé de brutes épaisses, d’hommes alcooliques et brutaux. Je ne crois pas à cette mascarade des villageois picards qui se marient entre eux, homophobes, sales et incultes.  Je ne veux pas croire que tous les mecs deviennent chomeurs et que toutes les jeunes femmes tombent enceintes à moins de 20 ans et ne sortent pas des frontières de leur canton. La preuve que non : certains deviennent homesexuels, font Normale Sup (quoique certains  – des jaloux  – disent que ce n’est pas vraiment Normale Sup)  et écrivent des bouquins.
Et puis j’en ai marre aussi de cette image des gens du Nord, cette légende résumée il y a quelques années bêtement par des supporters de foot parisiens par une banderole stupide :  » «Pédophiles, chômeurs, consanguins… bienvenue chez les Ch’tis» .
Edouard Louis développe exactement la même idée , sur 200 pages. C’est lassant.
Loin de moi l’idée qu’il est dur de sortir de certains milieux. Je sais combien la misère gagne inexorablement certains secteurs ruraux et que se développe parfois des idées nauséabondes proches de l’extrème droite, des comportements violents voire mêmes déviants, mais je sais aussi que se trouvent dans chaque recoin de France des personnes sensibles, généreuses, intelligentes, brillantes, cultivées… arrêtons le cirque !

Je ne nie aucune des souffrances qu’a pu vivre Eddy Bellegeule dans sa jeunesse; je ne peux pourtant pas croire que le mal était partout autour de lui.

Alors que ce soit une histoire vraie ou pas, que ce soit vraiment ou pas une autobiographie comme l’a annoncé l’auteur, peu m’importe… mais tout roman doit s’inscrire à mon sens dans une certaine réalité ou au moins une certaine cohérence. Ici, il y a comme un malaise : je ne sais pas si la mère d’Eddy Bellegueule a effectivement jeté un foetus dans les toilettes, je ne sais pas si son grand frère bat sa compagne chaque soir sous les effets de l’alcool, je ne sais pas si les cousins se sodomisaient vraiment à l’âge de 10 ans, mais je sais qu’Edouard Louis/Eddy Bellegueule a choisi de tirer définitivement un trait sur sa vie d’avant, sur sa famille qu’il a forcément  rayé de la carte de ses proches. Ce fils qu’ils ont élevé fait désormais sa gloire sur la haine qu’il a envers eux. C’est un peu comme un suicide familial, le démarrage d’une seconde vie.
C’est son choix, je le respecte, mais personnellement, il m’a dérangé

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