« La ballade de Rikers Island » , du coté sombre des hommes

Cela faisait longtemps que le bouquin traînait sur ma table de nuit. Pas que le sujet ne m’intéressait pas, sinon je ne l’aurais pas acheté, mais j’avais peut-être l’inconsciente envie de m’éloigner un peu de cette fameuse affaire DSK , qui est l’histoire qui inspire Régis Jauffret pour « la ballade de Rikers Island » . Un roman, insiste t-il. L’envie aussi de ne pas replonger trop vite dans ce scénario pathétique, dans cette descente aux enfers de celui qui devait prendre les rênes de la France après avoir été le grand patron de la plus grande institution financière mondiale, qui après lui, n’a d’ailleurs jamais retrouvé son aura.  Mais ce n’est pas le sujet. 

Comme beaucoup de français, l’affaire DSK m’a à la fois fasciné et déçu, surpris et passionné.  Comment un homme écouté , apprécié, reconnu et prêt à annoncer sa candidature à la Présidence de la République Française , peut tomber à ce point, à cause d’une libido pour trop disproportionnée  ? Nous savions DSK séducteur, charmeur, « homme à femmes » (expression la plus « conne » qui soit j’en conviens mais  qui veut dire ce qu’elle veut dire) , voire même coquin. De là à commettre l’irréparable du viol ou à traîner des dans des endroits sordides avec Dodo la Saumure, un mac de la frontière belge, les bras nous en sont tous tombés. 
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Jauffret, que j’adore (Lacrimosa et Claustria étant parmi mes préférés) nous sidère une nouvelle fois en nous faisant rentrer dans les arcanes de l’histoire. 
Après des mois d’enquête , nous suivons cette affaire à travers  les traces des 3 protaganistes principaux : le suspecté, son épouse et la victime. Avec un parti-pris, celui des femmes : Naffissatou est une victime. L’epouse, une autre, collatérale. Le roman n’en fait pas mystère. C’est d’ailleurs surtout le roman de Nafissatou Diallo, sa vérité. La vérité de l’inconnue, « la femme de chambre » , celle que l’on n’a pas entendue tellement l’opinion sous le choc était sous l’emprise des gourous de la communication, des spin doctors a deux francs et des avocats spécialistes, les voix de DSK.
Ecoeurés, lasssé par les commentaires et rebondissements de l’affaire, nous en avions peut-être oublié l’horreur. Et s’il y a bien un savoir que maîtrise Jauffret, c’est cette capacité à basculer du coté sombre des hommes, cet intêrêt pour la perversité de certaines relations humaines, les jeux de pouvoir et d’influence, la manipulation. Cela donne des oeuvres dérangeantes, et spéciquement ici, la ballade de Rikers Island est réussi parce qu’il met le doigt là où ça fait mal.

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