Une semaine de vacances – Christine Angot

Voilà. J’ai lu le dernier Angot. J’avais décidé d’attendre un peu après sa sortie, afin de ne pas être trop influencé par l’ultra-médiatisation de ce dernier opus de l’ex de Doc Gyneco : ni par les dithyrambes de Libé qui lui a offert sa couv – fait rarissime pour un écrivain de son vivant – ni par ses violents détracteurs qui étaient si heureux que ses derniers romans aient un peu emmené l’écrivaine vers les rivages de l’oubli. Je savais toutefois qu’ « Une semaine de vacances » ne serait évidemment pas mon livre préféré, faute au sujet, faute à la polémique, faute peut-être à la faute de l’avouer. J’ai déjà dû mal à me faire admettre que m’a époustouflé «Claustria » de Régis Jauffret, roman librement inspirée de l’affaire Josef Frizl, cet autrichien qui pendant 24 ans a séquestré, violé et fait sept enfant à sa fille.. une horreur absolu qui a bouleversé la planète.

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Après la lecture d’ « Une semaine de vacances », le sentiment qui m’envahit est bizarre. J’ai dû mal à le définir. Parfois, je dirais que c’est comme si je m’étais pris une énorme gifle sur le visage. Mais pas la petite gifle hein… une claque énorme, gigantesque. Celle qui secoue, celle qui scotche, celle qui sonne. Et parfois je dirais que c’est un énorme vomi auquel j’ai résisté pendant une heure. Ou alors celui que je suis allé chercher avec les doigts. Parce qu’il le fallait.

Lire ce livre, c’est comme rester dans une odeur pestilentielle pendant des heures. C’est ouvrir les yeux alors qu’on ne veut pas voir… oui, c’est ça «Une semaine de vacances » : c’est regarder un film d’horreur alors qu’on ne supporte pas la vue d’une goutte de sang..

En fait, « une semaine de vacances » existe pour que l’on sache exactement, sans fioritures, ce que c’est que la perversité absolue del’inceste. Et il est construit comme cela. Sans pathos, sans larmes…. Et c’est aussi pour cela qu’il doit déranger. Ce roman est fait pour déranger.

Cette vocation est d’ailleurs l’essence même de l’ambition littéraire deChristine Angot : interpeller son lecteur et le mettre en danger. D’ailleurs, elle a plus ou moins raté ses romans quand elle a abandonné cette ambition.

Il s’agit d’une jeune fille, dont on ne connaît pas vraiment l’âge ; seulement savons-nous qu’elle est en âge de lire « les six compagnons » et de prendre le train toute seule, que l’on suit sans retenue et dans les moindres détails dans un cauchemar absolu : sous l’influence et sous le corps de celui qui l’oblige à l’appeler « papa » pendant les rapports sexuels , homme érudit et apprécié de ses amis et étudiants, et que sa fille n’a connu que « le sexe en érection ».

Pas une page sans monstruosités, pas une page sans dégoût.

Mais, à un moment, cette jeune fille qui ne parle pas réussit à évoquer un rêve à son monstre de père , que ce dernier ne supporte pas, la renvoyant ainsi toute seule prendre le train, quelques jours avant la fin des vacances. Et seule à la gare, elle parle. A son sac certes, mais elle parle. Signe que la vie peut quand même reprendre. Hier avec la parole. Aujourd’hui avec l’écriture.

Christine Angot a souvent dit que nul n’a connu l’inceste ne peut le comprendre. Je la crois et ce roman le prouve. Il démontre en tout cas que nul ne peut sortir indemne de ça et qu’on ne peut normalement devenir femme, ni peut-être même adulte… Peut-être même que l’on ne peut pas vivre normalement un jour après avoir vécu de telles semaines de vacances.

Voilà, j’ai lu le dernier Angot. Suivant.

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