La classe de neige – Emmanuel Carrère

« Les folies et l’horreur ont obsédé ma vie » : c’est signé Carrère, dans l’époustouflant « roman russe » dont il est l’auteur et qui raconte un bout du chemin de l’être exécrable qu’il peut-être, mais si pétri de talent et de génie. Je suis fasciné par ce personnage, et par sa littérature, je suis fasciné par ces obsessions, et je me devais de lire l’exhaustivité de son oeuvre. C’est le pourquoi de ma lecture cette semaine de « la classe de neige », Prix Fémina 1995, et adapté au cinéma quelques années plus tard par Claude Miller.

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Bien entendu, je n’étais pas certain d’apprécier le livre, d’autant plus que j’en étais resté à la page 99 de l’amie du Jaguar, son premier roman, dont je n’ai pas encore compris le sens. Mais, « La Moustache », « l’adversaire » et en effet « un roman russe » font partie indiscutablement de ma bibliothèque fétiche. « La Classe de neige » la rejoindra t-elle ?

Nicolas a 9 ans. Il doit participer à une classe de neige pendant 13 jours avec ses camarades de classe. Mais ce n’est pas un garçon comme les autres – c’est un enfant inquiet,fragile, angoissé d’autant plus qu’il va perdre pendant plus d’une semaine la protection de parents omniprésents. Pour preuve, le père décide d’aller conduire son fils lui même au chalet, malgré les 400 kilomètres, contre l’avis des instituteurs soucieux d’une bonne intégration, et ce par crainte des accidents d’autobus ! Malheureusement, en le laissant, il oublie de lui remettre son sac et Nicolas se retrouve avec rien d’autre que les vêtements qu’il porte. Et les heures et les jours passent sans que le père ne rapporte le sac oublié dans la voiture. Nicolas commence à comprendre qu’il se passe quelque chose de bizarre et nous fait partager ses terribles angoisses. Peu à peu, Carrère nous transmet le malaise grandissant du gamin qui nous font penser que le pire n’est pas loin. L’ambiance, est, comme souvent avec Carrère très lourde, pesante, voire malsaine, et on sait que le drame est au bout du roman. On ne peut s’empêcher d’avancer vite, de savoir si ce qu’on a deviné est vrai. Et on a mal , on angoisse également, on s’attendrit, on est terrrifiés, on prend pour pitié pour Nicolas…

Et c’est à nouveau formidablement écrit. On partage les angoisses de Nicolas, comme si on était avec lui, dans ce chalet, comme si on le suivait, dans ses escapades nocturnes, comme si on l’accompagnait sur son chemin..
Carrère parvient, insidieusement, à nous persuader de l’imminence d’un danger. On ressent la menace comme si elle planait sur nous ; C’est du grand art.

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